21-06-2026 16:28 - L'historique de la fonction de chef d'Etat-Major Général de l'Armée mauritanienne "CEMGA" depuis 1960 (suite)
11/ Le général Mohamed Cheikh Ghazwani:
Incontestablement depuis son arrivée à la tête de l'Etat-Major National et à partir de 2008 surtout, les observateurs ont constaté un changement notoire, tant sur les plans structurel qu'opératif. Ceci pour deux raisons principales: la guerre classique a cédé la place au conflit asymétrique, ce qui contraint le positionnement des moyens matériels et humains sur tout le territoire.
Ipso facto cette décomposition nécessitera une logistique adéquate et pérenne en tout temps et tout lieu sur les théâtres d'opérations et cela demande beaucoup de moyens, donc de l'argent. L'humiliation des attaques survenues à Tourine, Lemgheity ou Ghallawiyé hantent encore l'orgueil national, au moment où l'Armée avait peu de moyens, du temps de Maawiya.
Le général Mohamed Ould Ghazwani fera plus de 10 ans comme Cemga, tout comme le général Moulaye Ould Boukhreiss. Mais leurs bilans sont loin d'être comparables. Ainsi pendant la période Ghazwani, tous les édifices militaires seront réhabilités, des casernes, des aéroports militaires, des entrepôts, des hangars construits.
Les moyens de transport des troupes, de transmission, de l'intendance, des hydrocarbures, de l'armement offensif, défensif, du renseignement etc...ont connu une amélioration extraordinaire. Pour la première fois depuis la guerre du Sahara, les militaires mauritaniens avaient le moral haut et pouvaient désormais remplir leur mission face à un ennemi qui commet le forfait tout en s'esquivant aussitôt.
Une structure opérationnelle est mise en place afin de juguler la menace terroriste et depuis 2012, les attaques contre notre territoire n'ont jamais porté leurs fruits. On peut dire que Ghazwani a transformé notre Armée, d'autant qu'elle fait subir plutôt que de subir, comme on peut le voir encore dans d'autres contrées voisines. C'était la période des "trente glorieuses" pour notre Armée.
Après le départ de Ghazwani pour le ministère de la défense, beaucoup d'eau a coulé sous le pont et le temps promu à ses successeurs pour maintenir le cap, était soit trop court, soit soumis à la surveillance manifeste du ministère de la défense nationale.
Ghazwani avait la chance d'avoir comme ministre de la défense, l'ancien président Ould Abdel Aziz qui avait d'autres mamelles à traire que celles destinées à promouvoir l'essor de l'Armée. Ainsi les rapports de gestion, de collaboration depuis 2019 entre le Cemga et son ministère de tutelle sont constamment émaillés de tiraillements que même l'intelligence artificielle peine à déchiffrer.
12/ Le général Mohamed Cheikh dit Bourour:
Il est plus rusé qu'un renard craintif, aux aguets face à ses bourreaux. Aussi agréable, aimant rire et faire rire aussi, le général Bourour a remplacé le bâtisseur de l'Armée mauritanienne moderne, à savoir l'actuel président Mohamed Ould Cheikh Ghazwani.
Alors quoiqu'il aurait fait, le bilan très positif de Ghazwani aura éclipsé, voire dissimuler tous ses efforts réussite. Mais le choix porté sur le général Bourour comme Cemga, après l'arrivée de Ghazwani au ministère de la défense en 2018, est, me semble-t-il la conséquence des tergiversations du pouvoir de Ould Abdel Aziz à vouloir trouver un dauphin constitutionnel.
Une fois l'option du 3ème mandat écartée, Aziz a paraît-il hésité entre le colonel Cheikh Ould Bayé et Ghazwani. C'est la première mise sur Cheikh Ould Bayé qui accouchera du choix porté sur Bourour, au lieu de Mohamed Ould Meguett, pourtant l'officier le plus ancien au grade le plus élevé. Cheikh Ould Bayé aurait sans doute voulu comme Cemga un proche, à savoir le général Bourour.
Finalement Aziz a choisi Ghazwani comme dauphin et une fois élu, ce dernier a nommé Hanené Ould Sidi au ministère de la Défense Nationale. Ce choix était un caillou mis dans la chaussure de Bourour, puisque Hanené refusant justement d'animer que les chrysanthèmes, voulait avoir l’œil sur tous les dossiers, surtout lucratifs. Ainsi l'étau commença à se resserrer contre Bourour, qui n'a même pas eu le temps de travailler sur quoique ce soit. Il devrait céder la place au général Mohamed Bamba Meguett, beaucoup plus patient et conciliant.
13/ Le général Mohamed Ould Meguett:
Meguett est le chef avec qui tout le monde a envie de travailler. Un officier, c'est d'abord des qualités humaines, à savoir le souci des militaires du rang et des sous-officiers, leur moral, leur condition de vie. Le souci également du matériel et les conditions de son emploi.
Le général Meguett est un homme du consensus,"poreux à tous les souffles", ayant fait moins de 3 ans à la tête de l'Etat-Major National. En tout cas, c'est un officier apprécié de tout le monde et qui a donné satisfaction durant sa longue et féconde carrière militaire et à ses chefs et à ses subordonnés.
Il est aujourd'hui président de l'Assemblée Nationale en temps que militaire, tout comme d'ailleurs son prédécesseur le colonel Cheikh Ould Bayé, il aurait été mieux de lui confier le conseil constitutionnel, un organe plus discret et hautement important dans la vie d'une jeune démocratie qui cherche ses repères. Le général Mohamed Ould Bamba Ould Meguett est un patrimoine qu'on doit conserver.
14/ Le général Moktar Bollé Chaabane:
Au moment de sa retraite en 2024, j'avais presque tout écrit sur cet officier qui m'avait agréablement surpris. Tant il est dit que c'est au sommet de la gloire qu'on pense sur le cœur ce qu'on est réellement. Le général Moktar Ould Bollé pouvait lui aussi gérer le quotidien à l'Etat-Major National, s'enrichir sur le dos du contribuable, prendre sa retraite et se taire à jamais. Ce qui ne lui aura servi à rien.
Au contraire en patriote, il a saisi l'occasion pour démontrer qu'il existe une autre voie que la pessimiste fatalité subie par les petits subordonnés militaires. Durant les 3 années passées comme Cemga, Moktar Bollé Chaabane a mis l'accent sur la dimension sociale des soldats, sous-officiers et officiers. Il m'est difficile d'énumérer tous les avantages octroyés; toujours est-il que cet officier a volé la vedette à tous ses prédécesseurs en moins d'une "mandature". Et pourtant il n'a fait que son devoir de chef qui consiste à vouloir améliorer les conditions d'emploi de ses subordonnés.
L'Histoire retiendra qu'à l'instar du colonel Yall Abdoulaye, de par son rigorisme voire son allant spartiate, du général Mohamed Ould Ghazwani, de par sa prestation en infrastructure bâtisseuse, l'apport du général Moktar Ould Bollé à son Armée peut légitimer une "Panthéonisation" dûe à sa carrière militaire de 1979 à 2024, soient 45 années de service pour son pays. Il faut savoir récompenser au moins les dignes fils du pays, à défaut de sanctionner les fauteurs.
15/ Le général Mohamed Vall Ould Raïss:
Le choix de Ould Raïss émane du chef suprême des Forces Armées et de Sécurité, le président Mohamed Ould Cheikh Ghazwani, même si la place devrait revenir au général Brahim Vall Ould Cheibany, étant l'officier le plus ancien au grade le plus élevé. Je ne vous apprends rien.
Justement on ne peut juger le général du matériel Ould Raïss pour le moment, car il n'a pas encore fini sa mission. Va-t-il contredire tous les pronostics à charge et surtout avoir raison de tous les pessimistes comme moi? Respectons le choix légitime du président Ghazwani et donnons le temps au temps. Un jour, tout ça sera de l'histoire. Cependant nous souhaiterions la transcrire pour les générations futures à travers des lettres de noblesse.
B/ Les différents Chefs de corps de la Garde Nationale (suite et fin semaine prochaine InchaAllah)
ELY SIDAHMED KROMBELE, FRANCE
